lundi 27 juillet 2009
Nous traversons actuellement un moment de l’Histoire où la France bat des records européens en matière de surpopulation carcérale. Pourquoi ?
Pourquoi cette surpopulation ?
Quelles en sont les conséquences ?
Quelles alternatives à la prison ?
Jacques Lesage De La Haye (psychologue, psychothérapeute reichien, ancien détenu) et Nicole sont animateurs de l’émission Ras Les Murs sur Radio Libertaire . Et ils ont quelques réponses dans leur sac !
Durée : 1h03
Biblio :
Les prisons de la misère , de Loïc Wacquant
Dans les prisons russes et françaises , de Pierre Kropotkine
Fermer les prisons , de Dennie Briggs (Titre original : In place of prison )
Peines perdues , de Louk Hulsman et Jacqueline Bernat de Celis
Un monde sans prisons ? , d’Albert Jacquard
La réparation. De la délinquance à la découverte de la responsabilité , de Maryse Vaillant
Extrait d’un article de Jacques Lesage de la Haye :
« [...] Si nous rendons compte des résultats obtenus par ceux qui ont mené des luttes anticarcérales et antipsychiatriques, la démonstration est éclatante. Dans l’État du Massachussets, entre 1965 et 1980, les 1 000 jeunes sortis de prison et placés dans des foyers et des familles d’accueil, ont récidivé à 15 %, au lieu de 45 %.
Dans les années 1980, Scatolero a quasiment vidé un quartier de jeunes de la Maison d’arrêt de Turin, avec une association de 2 000 citoyens lambda qui permettait à ces mineurs d’apprendre des métiers et les ont remis dans le circuit d’une vie sociale normale.
La ferme de Laplanche, à Champoly, entre Saint-Étienne et Le Puy, entre 1980 et 2000, a reçu des jeunes qui venaient travailler avec l’équipe d’éducateurs, au lieu de faire de la prison. Sur plusieurs centaines de mineurs, la récidive est passée de 50 à 22 %. Aujourd’hui, une expérience semblable se poursuit en chantiers extérieurs à la prison avec l’Asssociation nivernaise d’aide à la réinsertion (ANAR).
Avec l’Antipsychiatrie et l’Alternative à la psychiatrie, nous avons assisté à la même démarche. David Cooper l’a lancée dès les années 1960 au Pavillon 21, à Kingsley Hall, à Londres, et à Archway en Écosse. C’est le principe de « Vivre Avec » les patients, au lieu de les assommer de médicaments, qui a été repris par Claude et Marie Sigala, au Corral, à Aimargues près de Nîmes, de 1975 à 2005. Le lieu de vie continue...
Dans mon propre appartement, de 1970 à 1978, j’ai reçu 70 jeunes délinquants, malades mentaux ou toxicomanes, sortant de prison ou d’hôpital psychiatrique, pour des séjours de huit jours à neuf mois, avec des suivis sur deux ou trois ans. Six seulement ont rechuté...
Pour les criminels sexuels, une alternative avait été conceptualisée par la Commission d’éthique du traitement des criminels sexuels, de la Fédération française de santé mentale. Elle préconisait « l’incitation à la rencontre », au lieu de l’injonction thérapeutique, la thérapie bifocale (deux thérapeutes : un psychiatre et un psychologue), des expertises régulières dans un lieu séparé de la prison. Cela n’a jamais pu voir le jour, à cause d’oppositions politiques.
Nous aurions risqué de déranger. L’État a besoin de l’asile et de la prison. Les alternatives ne permettent pas d’asseoir son pouvoir. Ce dernier utilise les lieux d’enfermement pour anéantir les rebelles, les déviants et les marginaux. De plus, en diabolisant ces ennemis publics désignés, il rassure la population qui se croit libre et en bonne santé.
La systématisation acharnée des Alternatives à l’enfermement finira pourtant un jour par déborder sur la fermeture de l’hôpital psychiatrique et de la prison. En France, les services asilaires ont commencé à fermer dès la fin des années 1990. Lorsque nous l’évoquions en 1972, nous étions traités d’utopistes. [...] »
L’article complet, paru dans le hors série n°32 du Monde Libertaire du 12 juillet 2007, est disponible sur le site de l’ En Dehors .